La paroisse de Saint-Hubert se prépare à parrainer une famille syrienne bientôt. Ce n’est pas sa première expérience. En effet en 1979 un comité s’est organisé pour accueillir une famille indochinoise, des réfugiés de la mer communément appelés Boat People.

La famille élargie est attendue et arrive au début 1980. Kéomanivanh avec son conjoint Phoneprasith Norindr et leur fils Prakasith âgé de 2 ans sont accueillis à Saint-Hubert avec leur tante veuve Bouavone ainsi que ses 2 enfants Samboum et Kamla Norindr.

Nous avons donc invité Micheline et Robert Hébert à témoigner de leur expérience. À notre surprise, ils sont venus avec Kéomanuvanh qui nous a livré un témoignage émouvant.

Cette expérience en 1980 a transformé la communauté Saint-Hubert. Aujourd’hui, Saint-Hubert s’engage dans une autre aventure qui saura bien la faire devenir autre.



J.    Micheline, comment est venue l’idée de parrainer une famille de réfugiés à Saint-Hubert?

M.   En fait, la première qui en a parlé à la paroisse c’est Lucette Gaudreault, une ancienne paroissienne. Elle s’était adressée à M. Pierre Lucas et lui avait demandé ce qu’il pensait de l’idée d’accueillir ici une famille des «réfugiés de la mer». C’est à ce moment là que le curé de la paroisse a pris ce projet en main en 1979.
Il a d’abord fait des quêtes spéciales à l’église, puis il a monté différentes autres levées de fonds pour atteindre le montant de 14 000$. Ce montant considéré important dans les années ’80 devait subvenir aux besoins de base des 2 familles pour une durée d’un an.

Ensuite, Il a rencontré M. Henri Nègre, propriétaire d’un immeuble à logements tout près de l’église. Ce dernier a offert de prêter gratuitement un logement de 5 1/2 pièces aux familles pour leur première année.
En même temps, d’autres membres du comité ont aménagé le logement avec les meubles, appareils électroménagers, vaisselles, literie, bref, tout ce qu’il faut pour vivre convenablement.

J.    Kéo, racontez-nous votre exode du Laos ?

K.    Oh! Ce n’est pas facile de parler de ça! Nous avons décidé de quitter le Laos car nous n’avions jamais l’esprit tranquille avec les communistes. Ils pouvaient nous réveiller n’importe quand dans la nuit pour nous séparer mon mari et moi. Leur but était de vérifier si nous avions des informations secrètes à cacher. L’enfer et l’angoisse nous habitaient constamment, ce n’était pas un climat propice pour élever notre fils.
Nous avons quitté notre maison durant le jour. Mon fils avait à peu près deux ans et pour qu’il ne pleure pas durant la traversée du Mékong, nous lui avions administré des calmants pour le faire dormir. En effet, nous avions peur de nous faire repérer par les soldats qui avaient le droit de tirer sur toutes personnes qui tentaient de fuir le pays par le fleuve tant et aussi longtemps qu’ils étaient dans la zone laotienne. Nous avons eu vraiment très peur.
Arrivés tout mouillés sur l’autre rive, la Thailande, nous nous sommes dirigés vers une pagode, que nous avions aperçue de loin. Un homme nous a vu et nous a demandé d’où nous venions. Quand il a su que nous nous sommes échappés du Laos, il nous a pris en charge. Il nous a dit que si des policiers nous voyaient, nous serions arrêtés et emprisonnés. Il nous a donc accueilli chez lui et nous a offert de la nourriture.
Ensuite, il a envoyé son fils pour contacter des membres de notre famille qui étaient déjà dans un camp de réfugiés en Thaïlande.
Finalement, nous avons rejoint le site du camp où il y avait beaucoup de formalités à remplir avant d’être acceptés. Malheureusement, les policiers nous emprisonnent. Pour être libérés, nous avons été obligés de donner tout ce que nous avions apporté avec nous. L’essentiel, c’est que nous étions tous vivants.

J.    Et là, vous avez pu entrer dans le camp?

K.    Oui, c’est là que nous avons rencontré ma tante Bouavone. Nous y sommes demeurés pendant 8 mois, le temps de faire les démarches d’immigration en urgence parce que mon fils Prakasith était atteint d’une grave tuberculose.
Comme mon mari était interprète et qu’il aidait à ce titre les autorités canadiennes, ces derniers ont entrepris de nous aider à venir ici le plus rapidement possible. C’était une bonne nouvelle car les conditions de vie dans le camp étaient mauvaises et la nourriture insuffisante.
Nous sommes finalement arrivés au Québec. On nous a amené à l’ancienne base militaire de Longue Pointe où on nous a donné des vêtements, des médicaments et différents articles de base. Nous y sommes demeurés quelques semaines le temps de s’assurer que nous n’avions pas de maladies contagieuses pour finalement arrivés à Saint-Hubert, notre ville d’accueil!

J.    Et arrivés à Saint-Hubert , comment ça se passe?

K.    Nous nous installons dans notre nouveau logement offert avec ma tante Bouavone et ses 2 enfants. Comme mon mari s’était trouvé un emploi avec l’aide du curé, nous avons laissé le logement à ma tante et nous nous en sommes trouvés un autre toujours avec l’appui des bénévoles. Encore une fois, on nous a trouvé tous les meubles nécessaires comme pour le premier logement. En même temps, mon mari travaille le jour et se perfectionne le soir en vue d’un meilleur emploi.

J.    Et vous Micheline , pendant tout ce temps vous étiez dans le comité?

M.    Oui, mais je me suis impliquée davantage lorsque Kéo a eu des problèmes de santé. Elle a été hospitalisée, alors moi et ma soeur nous allions la visiter à l’hôpital. Elle ne pouvait plus s’occuper de son fils et n’arrivait plus à dormir. On avait même trouvé une gardienne pour son fils. C’était probablement une sorte de choc post-traumatique.